Mercredi 2 décembre 2009
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TEXTE SUR
BDGEST
Billy Wild, terreur du Darkwest, flingueur insatiable aux plus de 200 victimes, est troublé. Il ne retrouve plus Linus, un charlatan qui l’accompagne habituellement et qui le fournit en élixir, un
breuvage à l’origine de l’invincibilité de Billy. Le doute le gagne peu à peu et au fil de ses recherches, il mesure l’horreur de ce qu’il a accompli depuis sa rencontre avec le curieux
personnage.
Bienvenue dans l’univers impitoyable du western… gothique. Encore un assemblage improbable, expression pompeuse inventée par un chroniqueur en panne d’idées ? Pas du tout, les auteurs eux-mêmes
revendiquent ce genre inattendu, et pour ne pas se méprendre sur le sens de cet adjectif souvent galvaudé, mieux vaut aller jeter un coup d’œil sur
l’excellent site de la série.
Fort heureusement, il n’est pas nécessaire de maîtriser toutes ces subtilités pour apprécier pleinement toutes les qualités de ce premier volet d’un diptyque. L’adaptation par Ceka (
Egovox) du mythe de Faust dans l’ouest sauvage est intéressante, et le rythme est garanti par une succession habile de flashbacks qui
font progresser l’histoire sans temps morts. Minimalistes, les dialogues laissent par ailleurs une place importante au non-dit, permettant au lecteur de profiter de l’ambiance lourde et de partager
progressivement les interrogations du héros. Mais bien plus spectaculaire encore est le graphisme, surtout pour un premier album.
Mis en confiance par une couverture sobre et une maquette élégante, le lecteur est immergé dès les premières pages dans un noir et blanc lumineux qui met en exergue toute la qualité du trait de
Sthrad. Un tel scénario exigeait au minimum des personnages expressifs, le jeune dessinateur va au delà en proposant des « gueules » épatantes, frôlant le caricatural sans jamais être grotesques,
et toujours servies par un angle inhabituel ou un cadrage étudié. Le découpage est vraiment le point fort de l’ensemble, relayé par une voix off parfaitement dosée. Même les scènes qui semblent
moins utiles ou rajoutées, comme le décompte des victimes, valent le détour encore une fois pour l’efficacité du graphisme.
Les éditions Akileos peuvent se féliciter d’avoir fait des pieds et des mains pour convaincre un dessinateur aussi prometteur de les rejoindre. Ce premier volume de
Billy Wild est une
vraie réussite, à laquelle le scénariste n’est d’ailleurs pas étranger. Si le parti pris graphique et même la thématique la destinent fatalement à un public restreint, cette bande dessinée mérite
pourtant d’être découverte, et se place d’emblée parmi les bonnes surprises de ce début d’année.
M. Antoniutti